Après des études secondaires , Simone Simon rentre à l’école Municipale de dessin de la ville de Nice (la villa Thiole), après une année elle décide de se tourner vers la photographie.

De 1974 à 1977, assistante de plateaux dans différents studios Parisiens. Débute sa carrière de photographe indépendante en 1978. Elle va travailler pour la presse féminine, la publicité et réalisera de nombreuses campagnes pour des marques prestigieuses.

En 2004, elle met un terme définitif à sa carrière professionnelle, pour se consacrer à ses recherches personnels axées sur la mémoire et l’identité.

Elle développe ses sujets en utilisant différents médias, photographie, vidéo, son, écriture.


SIMONE… SIMON…
En ce début d’après-midi qui annonce une côte que nous aimons tant et que nous retrouvons enfin, après ces quelques mois de barbarie touristique, cette côte si joliment nommée par Stephen Liégeard d’azur, Je regarde, interlope, ce visage -celui de Simone Simon- alors que nous sommes tous les deux assis, côte à côte, sur le canapé en skaï orange de mon bureau. Pour tout dire, c’est elle qui se tourne vers moi et me regarde. Ses épaules étroites, tout son buste, ses jambes l’une contre l’autre avec ses mains posées délicatement dessus, tout son corps se fixe comme « objectif » de me regarder et pas seulement. Elle me voit. Sait-elle qu’intérieurement, je m’amuse de ce nom qui transpire d’ambiguïté ? Je m’interroge doublement. Qui est cette femme ?
Nous nous sommes donné rendez-vous pour que j’écrive un texte sur elle, sur son travail. Comme tout le monde, je la croise régulièrement lors de vernissages. Nous nous saluons et conversons des œuvres exposées, des artistes, de tout, de rien. Finalement, je me rends compte qu’elle est une inconnue pour moi.
Elle est venue avec une poche de plastique contenant un book. Et, comme s’il était inutile, m’en montre le contenu rapidement, tournant les pages avec une certaine gêne, presque pressée de se débarrasser de cette formalité qui, moi aussi, m’embarrasse. Je déteste ces moments. Très vite son sourire prend le dessus. Elle me parle… des autres.
Ce que je connais le mieux d’elle ? Ce sont quelques photographies aperçues à la galerie d’Eva Vautier. Des photographies rigoureuses qui, sur le moment m’ont semblé à la limite de la sécheresse, des photographies d’architectures prises dans des pays de l’est, je crois. Des photographies de petit format aux prix modestes qui m’ont convaincues, sans que je sache vraiment pourquoi. Elle me parle de ce travail. Je suis absent, je ne l’écoute qu’à peine, je la regarde et, à mon tour, je la vois.
Je comprends maintenant. Ce que j’avais identifié comme de la sécheresse, n’est qu’honnêteté, sincérité, pudeur et… interdits.
Elle s’interdit toute forme de corruption, elle qui travailla un temps pour la presse de mode. Elle s’interdit toute ambition égocentrique, elle qui aujourd’hui n’ose se dire artiste. Elle s’interdit toute forme de grandiloquence, elle qui se consacre au seul plaisir de photographier. Elle s’interdit de parler d’elle, elle qui ne cesse de s’intéresser aux autres.
Cette honnêteté, cette sincérité, cette pudeur sont véritablement le matériau avec lequel elle œuvre, en plus, bien évidemment, de son appareil photographique.
Si je ne devais citer qu’un travail, ou plutôt un projet puisque c’est ainsi qu’elle considère sa manière d’opérer, ce serait certainement celui réalisé à Nice en 2007/2008 Les Portes Du Saint-Pierre, un projet, des rencontres, des témoignages, des paroles de femmes sur leur cité où elle a, avec une étonnante acuité et une justesse remarquable, non seulement témoigné du quotidien des femmes de cette banlieue mais véritablement fait œuvre. Comme à chaque fois, ce projet a fait l’objet d’une publication, d’une modestie trompeuse.
Comme dans Boxing Club, un court métrage réalisé plus tôt en 2006 ou bien encore dans le projet ne regardez pas le renard passer, celui qui l’occupe aujourd’hui et qu’elle me présente avec un enthousiasme réfléchi, c’est l’humain qui est au cœur de ses préoccupations parfois jusqu’à l’absence comme sur ces photographies aperçues chez Eva Vautier.
A la fin de notre entretien et alors que la lumière s’atténue doucement, je raccompagne jusqu’au portail cette petite silhouette, si lumineuse en cette fin d’après-midi. Comme le temps peut passer vite. J’en ai oublié Simon… et n’ose lui dire que je la trouve magnifique, que son travail me touche et que j’aurais tant de plaisir à écrire quelques mots sur Simone.
Yves Peltier